Petits métiers de rue

LES METIERS QUI DÉAMBULAIENT TOUS LES JOURS DANS BABLOUETTE

A Bab el Oued, c’été pas les p’tits métiers qui manqué, chacun y fesé son p’tit bisness por vivoter en déambulant et en vociférant. Il m’suffisé de me mette au balcon, pour ‘oir les andas/vinegas perpétuels de ces personnages, pour la plupart, ojord’hui disparus.

J’vé commencer par mette à l’honneur les «yaouleds » :        « Le p’tit cireur de chaussures » : Avec le dos de leur brosse à r’luire y tapé sur leur p’tite caisse en bois qu’il porté en bandoulière. Leur z’yeux maté en permanence les chaussures des passants : « M’siou ! M’siou ! j’ti cire li souïers, y z’ont bisoin di briyer ! ». Alors pour quelques sous, à la va vite, tout son p’tit forbi été déballé seur le trottoir. Le client posé son pied sur sa p’tite caisse et le p’tit cireur vinega qui metté tout son cœur à l’ouvrage !    concours de cireurs

   Bon ! Ote solution, tu craches sur tes godasses, tu frottes et ça  brille !!! c’est vous qui voyez !    « Le p’tit porteur de couffins » : Les jours de marché, de retour, du « ravitaillement », les ménagères fesé appel aux « p’tits porteurs». La concurrence été rude, bien entendu, le choix se porté sur les plus grands, ce qui déclenché des tchéklalas : « Yallah  ! » crié un grand gigot  en arrachant le couffin des mains à un plus petit que lui : « Çi à moi qu’elle a dé : « ti porte mon coffin », pas à toi ! ».

   « Le p’tit vendeur de journaux » : çui-là y d’vé s’fére entende, passe que si le merchand de calentita y d’vé vende sa calentita chaude, le vendeur de journaux devé vende les nouvelles fréches! ! sa pile de journaux sous l’bras, y scandé en brandissant de l’ote main l’Echo d’Alger: « dimandé l’icho d’alger ! li darnières novelles ».

Les journaux : Echo d'Alger -  Le Journal d'Alger - La Dépêche Quotidienne   Fote de s’payé le tram, y s’accroché comme des z’arapettes au darrière du tram, malgré les mises en garde du wattman : « Disendé tot suite di là, si vos tombez j’vos tue !!! »

 

Ensuite défilé :     « Le merchond d’ z’habits » : Lorsque les vêtements de la famille devené, soit trop petits ou un chouya râpés presque comme le greyière (après avoir accompli de bons et loyaux services même déjà dans d’otes familles), manman fesé appel à un marchand d’habits.

Dès que manman entendé : « Merchond d’ z’habits ! qué vond di z’habits ! », elle lui fesé signe de monter.

Dans le couloir, manman dénoué les 4 coins de son balluchon en drap qui délivré nos humbles z’habits. Le mozabite inspecté chaque vêtement et formé deux tas, en fonction de son mouvement de tête, l’un allé à droite et l’ote à goche. Moi assise en tailleur, je me délecté de la mise en scène qui allé suive : « J’ti’prend çà, combien ti’veux ! » « L’ tout 1000 francs » (c’été avant l’euro et avant les nouveaux francs ! ché plus si ça fesé cher !) « Aïouah ! tié maboule ! m’mazère ! çi bézef ! j’ti donne 700 ! » « Non, tu régoles ! chouff ! c’est la qualité ! » « Zarma ! çi trop chir, macache flouss, alli 750 » « Non, allé tu m’donnes 800 et barkéta» Un peu de comédie, y fesé semblant d’ partir, puis revené  : « Alli rlass, 780 pasque çi toi ! alli tape cinq». L’arabe lui tendé la main, manman devé la frapper pour conclure le marché ! « Bon, tié dure en affaire toi hein !!! Adamakane  et mon chapeau !» disé manman en tapant sur la main du mozabite. Chacun été tri content di a’voir fi son affaire !

Un jeudi sûrement, où ne sachant que fére, j’eus une bonne idée : « Et si j’fése une farce au marchand d’habits » d’autant plus que ça valé l’coup, puisque nous habitions au 5ème étage ! « Merchond d’z’habits, qué qué vond di z’habits ! » Ni une, ni deux j’lui fé signe de monter, pensant ne pas ête repérée. Le merchond tot issoufli y tape à la porte, manman lui demande ce qu’il veut : « La p’tite y ma fi comme ça (signe de monter) !! la p’tite si bian chi toi ? » Difficile de dire non sur les trois z’habitants du palier, j’été la seule p’tite ! Pendant c’temps-là, la p’tite fesé scapa dans les vatères !! Maman bien entendu c’est escusé, le merchond jura mé un tard qu’on ne l’y reprendré plus !!! Quant à moi, le coup d’savate sur ma cuissette, m’avé remis le ciboulot en place !!!

 « Le merchond d’tapis » : Comme le marchand d’habits, sa pile de tapis sur l’épaule, il sillonné les rues : « Merchond d’tapis ! qui veut di joulis tapis pas chir !» Nous, comme descente de lit, on se contenté  d’une peau d’mouton qu’on avé ramené du fin fond de la pampa d’Aumale, en attendant c’été bien chaud quand tu descendé de ton chloff !!!!

  « Le vitrier » : Y passé en scandant « Vitrier ! Vitrier ! » et nous nous chantions : «  Encor’ un carreau d’ cassé, v’la l’ vritrier qui passe, encor’ un carreau d’ cassé v’la l’ vitrier passé » .

Suivé :

  « Le rempailleur de chaises » : Son paquet de fil sur l’épaule, la tête levée vers le ciel, il imploré les ménagères : « V’la le rempailleur qui passe ! »

«   « Le rémouleur » : Çuilà, Il agité une cloche en criant : « j’iguise vos coteaux, céseaux !». Y’avé tojours une managère qu’iavé b’soin d’aiguiser quéque chose !   Internet : Alger de nos jours : voici un rémouleur très occupé, cette photo (2009) nous présente un rémouleur dans le quartier de Bab el oued. On remarque que ce sont les cabas qui forment la file d’attente…     « Le portefaix » : Mes grands-parents habités 58 avenue de la Bouzaréah. Du premier étage, surtout l’été, on pouvé respirer à pleins poumons le crottin et l’urine que dégagé, sans vergogne, les brêles attelés aux charrettes qui stationné à la queue leu leu le long du trottoir. Forcément, ces pobrettes, entre les œillères  et la tête dans le sac , y’se croyé seuls dans BEO !!!    Le stationnement des charrettes – chez mes grands-parents                   aujourd’hui ces immeubles ont été rasés J’essaye d’imaginer l’habitation de mes gds-parents aujourd’hui, les charrettes le long du trottoir, la boutique en face (si quelqu’un peu me dire quel genre de boutique c’était !)  Le « chauffeur », juché sur son banc, somnolé, en attendant que les portefaix fassent leurs andas/vinegas entre la botique (qui se tené de l’ote côté de l’avenue) et la charrette. Y fo dire qu’à cette époque le « chauffeur » été chauffeur et le « livreur » été livreur, un point c’est tout ! Et comme y dit le proverbe : « Chacun son métier et les motons y s’ront bien gardés. » Pour se protéger, le portefaix metté sur sa tête un vieux sac à grains en jute. Il été ouvert sur toute sa longueur de façon à former une capuche et une protection pour ses z’épaules, style Bernadette Soubirous  si vous ‘oiyez c’que j’dire ! Le chargement terminé, le charretier préparé son départ, il actionné énergiqu’ment la manivelle de freinage, on auré dit qui moulé du café   ! puis brandissé son fouet, grand comme une canne à pêche et anda !!! En pensant aux portefaix, je revois le « livreur de pains de glace »    Moi j’diré plutôt des madriers, mé bon ! on appelle ça des « pains » d’glace ! Dans un certain sens, lorsqu’on te colle un pain, effectivement ça doit te refroidir !!! « Sur internet : A l'époque pas de congélateur, pas de réfrigérateur; les commerçants achetaient des grands pains de glace. Le livreur avait une sorte de pique pour attraper ces blocs, posait sur son épaule une toile de jute et rangeait la glace dans les chambres froides des boucheries, poissonneries, cafés, crèmeries, pour garder au frais les marchandises ». Çuilà, il avé sa prope panoplie, la toile de jute sur l’épaule, un gros gant et, comme le capitaine « crochet » , son pic à glace  !

Lors de z’otes récits, j’avé évoqué les marchands de z’oublis, de calentita, de cacaouettes, de bliblis…..mé pour les « morfalous » y’avé aussi :

Les vendeurs de :   Figues de barbarie: Le marchand ôté les épines et épluché les figues, elles z’été prêtes à la dégustation. Lorsque nous partions pour Aumale, c’est pas les figues de barbarie qui manqué le long du ch’min. Si tu voulé éviter « les bouchons » (non pas ceux de la circulation des ‘oitures de main’nant !) y fallé pas trop en manger !!

 

 Le maïs grillé : Le vendeur alignés ses épis de maïs sur un barbecue « à la fortune du pot ». Avec un morceau de carton d’emballage, il attisé le feu et un peu la rabia des passants qui en prené plein la féguere. Quel gousto on avé de planter nos belles quenottes dans l’épi grillé à point  !

 « La marchande de fromages » : La marchande de petits fromages « frés » (encore heureux !) fesé du porte à porte avec son panier d’osier. Elle nous fesé découvrir, en soulevant son torchon, de joulis petits fromages blancs en forme de cœur dans leur faisselle, « ça nous changé des « p’tits suésses » qu’on déroulé ! ».

Pour manger ces p’tits fromages (comme d’otes desserts du reste), il été pas question de salir d’ote vaisselle, y suffisé de retourner  son assiette et le fond été nickel ! on pouvé même économiser le lavage de la p’tite quellière, en mangeant avec le manche de sa forchette, croyez-moi y’en avé la d’dans . Ce « coeur tende » y fallé le partager, passe que chez nous, on n’été pas chez l’Aga Khan quamême !  Allez vinega, on soupoudé avec du suque le d’ssus et c’été bon !

 « Le vendeur de billets de loterie nationale  » : le vendeur de rêves !   « C’ soir grand tirage d’ la loterie Nationale ! qui veut gagner des miyons ?» (rien à voir avec FOUCAULT !)                                              « la chance est sur toi »          « un filet peut assurer ton avenir ». « Qué le filet, moi j’vé attende d’a’oir au moins le coffin ou la malle !!! ».

Avec une telle réclame, tu pouvé que plonger !! Alors, manman qui pensé un jour tirer le « gros lot » (à mon avis c’été plutôt le « grelot ») acheté « un dixième» de billet . Le choix y se fesé pas au « p’tit bonheur à la chance » hein ! soit elle prené un billet dont le numéro se terminé par un chiffe ou nombe fétiche, sinon elle pensé que, peut-ête, ma main innocente, allé lui décrocher le cocotier, plutôt le coquetier  ! en général c’été zbouba, au mieux, son billet été remboursabe !

D’otes métiers de nos rues :

« Le balayeur de rue » :                                                                  

Chouff ! entre l’ancien et le nouveau : Le geste, il est kifkif comme otefois, so’lement, çui-là d’ojord’hui il est « écolo » pas d’faute de goût même li poils di son balai y sont verts. Zarma ! l’égout et li coleur !

Note balayeur y poussé d’une main nonchalante sa pobelle sur roulettes, comme un landau, l’ote étant occupée à tenir son « balai de sorcière ». Il ouvré les vannes d’eau à fond la caisse, le long du caniveau un « oued » coulé, entraînant les détrituss vers la bouche d’égout.

Comme dit le proverbe « li p’tits rouisseaux y forment li grands oueds», là les petits « oueds » convergeant formé « un pédiluve ».  Si tiavé la baraka d’éviter, par de grandes z’enjambées, d’avoir les deux pieds dans la flotte, quelques s’condes après, la chcoumoun arrivé en même temps qu’l’camion qui provoqué, sur son passage, un raz d’marée de première classe, te laissant « babao » et trempé jusqu’aux z’oss. ». En riposte, l’averse d’injures, un peu tardive, n’avé aucun effet sur le camionneur (parle tojors tu m’intéresses !) : « La mort d’ tes oss ! si j’ t’attrape, sur la vie d’ ma mère, j’ te tue ! » Et s’en prenant au balayeur : « Et toi au lieu d’ m’ r’gardé avec des zieux d’ merlan  frit ! tiattends quoi pour couper l’eau, la mort de Pépette en prison , on ‘oit bien qu’c’est pas toi qui l’achète la flotte ? » « R’garde-moi ça ! mon froque est trempé et mes souïers on diré des pastéras ! et à qui j’vé réclamé les dommages et z’entérêts ? »

Comme dit l’ote : « le malheur des z’uns y fé le bonheur des z’otes » et les z’otes, en  l’occurrence, c’été les moutchatchoss qui régolé dans les rigoles. Quel bonheur de sauter les pieds joints dans l’eau por éclabousser l’ote, suive sur le trottoir la feuille de platane ou le bateau de fortune en papier journal qui, emporté par le courant, finissé à la grille de l’égout !!!

  «L’homme sandwich »: Y s’balladé tchala-tchala dans les rues en portant deux pancartes de réclame ou ote chose  ! une d’vant, l’ote darrière, reliées par des sangles posées sur ses épaules.

 

Certains métiers nous metté une sacré ambiance dans nos quartiers :

  Galoufa « L’attrapeur de chiens » :      « Galoufa » en «’tomobile » ! Internet : « Le premier « capteur » de chiens de la ville d’ALGER entra dans la légende et donna même son nom déformé par le langage populaire, à tous ses futurs confrères d’ALGÉRIE. D’origine espagnole,  GARUFA, tout de suite appelé GALOUFA, habitait le quartier de BAB EL OUED. Galoufa, était l’attrapeur de chiens errants. Il sillonnait les rues avec son cheval attelé à une carriole-fourrière, sorte de grande cage compartimentée en plusieurs cellules, dans lesquelles il enfermait ses captifs. ».

Galoufa, fesé parti des rares attractions qui ne fallé pas manquer. Si nous avions la chance de voir sa carriole en bas de chez nous, c’est que Galoufa n’était pas loin.  Armé d’une gaule munie d’une cordelette formant un lasso, Galoufa courré après un chien, les z’onfants après Galoufa, en criant :   « Galoufa, Galoufa, tu l’auras pas !». Galoufa riposté en les menaçant de sa gaule. Galoufa me donné le sousto et j’préféré le ‘oir de mon balcon ! Pour me calmer de mes choupétas, maman avé trouvé un bon argument : « Continue comme ça et j’appelle Galoufa ! »

 « Baba Salem » : De loin, dès que j’entendé le son de ses karkabous je me précipité au balcon pour pas louper son spectaque que je connaissé d’avance ! : « Viens vite manman, il arrive, donne moi quéque sous ! » Ce « faiseur de puie », soit disant, (passe que croyez-moi, en été, y’avé pas une goutte d’eau por l’anisette !) venu, va sa’oir d’où ! Il été habillé de peaux de bêtes qui pendouillé autor de sa taille et quelques amulettes orné son cou. Il déambulé de rue en rue, en gesticulant comme un zoulou , faisant tourbillonner  le pompon d’son fez « hélicoptère  ! » !

C’été un amusement pour les z’onfonts qui le suivé d’étape en étape. Sa prestation terminée, une meskine pluie de monnaie tombé des balcons. Spontanément les z’onfonts lui ramassé les pièces, ché pas si y’en avé qui resquillé !!!! Le soir, le Baba Sallem, fote de compter les moutons pour s’endormir, y devé passer du temps à compter sa bigaille !

Y’avé pas que Bab Sallem pour mette de l’ambiance, d’otes poussé leurs chansonnettes : -   « Le vendeur de partition de chansons » « Petits Formats » : Assis sur sa chaise pliante, il accompagné à l’accordéon une chanteuse qui vendé les partitions de chansons « des tubes » de l’époque !                       Moi j’me contenté des paroles de cantiques que je trouvé dans mon missel, alors je chanté : « Chez nous soyez reine, nous sommes à z’vous ». « Je suis chrétiens (por régoler, on remplacé « chrétien » par « crétin ») voilà ma gloire ! »  !!!

Dans un ote registre :  « L’Armée du Salut » A l’époque de Noël, campé sur un trottoir, un petit quatuor nous invité à un p’tit concert ponctué de coups d’ cymbale, celle ou celui qui joué pas de la zinzinette, tendé sa sébile, c’été por la bonne cose !          Moi, j’trouvé très beau le capéo de paille des dames, en uniforme bleu marine, avec le nœud sur le côté, ça change de celui des alsaciennes qui l’ont darrière !

Bien qu’ils ne fassent pas partie du genre humain, je vé quamême parlé des métiers de nos sympathiques p’tits borricots.

Qui n’a pas croisé un pov’borricot, chargé comme un mulet, dont l’ânier, tojors pressé, braillé, faute de klaxon : « Yallah ! Yallah », tout en asticotant, avec ses guiboles, les flancs de son animal pour qu’il aille plus vite ! Oh ! y’avé pas à tortiller du darrière por caguer droit, quand tu pouvé pas avancé, t’iavancé pas et barka !!! Ché pas si ces pobrettes été récompensés de « son ! » (enfin de quel son parle-t-on ? celui du bâton seur’mont !) :

 Et ‘oilà c’qui arrive à force à force de charger la mule ! d’où le proverbe : « Qui veut voyager loin, ménage sa monture !! »

Rien n’a changé entre hier et aujourd’hui. Internet : « Les ruelles étroites, pentues et le plus souvent coupées par des escaliers ne peuvent accueillir de véhicules motorisés. Ce sont donc des ânes qui, une fois par jour, permettent d’assurer la salubrité de la Casbah d’Alger. »

                 

Ceux du square Bresson, leur tâche été plus noble ! Nous sommes tous quasiment monté à califourchon sur leur dos pour une p’tite balade !

           

Mé comme en grammaire, il y a des exceptions à la règle, la preuve changement de monture !

 

 

EN CONCLUSION SUR LES METIERS

Y’a un proverbe qui dit :

« Il n'y a pas de sots métiers, il n'y a que de sottes gens.  »

Ces p’tits métiers, c’été nos p’tits quotidiens ! Tout simplement ! Bablouette n’oré pas été Bablouette sans eux !       Le balayeur                             et le p’tit cireur              d’ Alger

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